De l’enfer au paradis…

8 août

Jour de chance pour les Chinois qui doivent se précipiter à la loterie, le numéro fétiche de la Chine étant le 8, ainsi le 8 du 8 doit être un jour de bonheur.

C’est le coup de sonnette à la porte de la chambre qui m’éveille, je regarde ma montre, il est 8h15 et Zheng m’indique que le petit-déjeuner est servi jusqu’à 8h30. On se précipite donc jusque la salle des petits-déjeuners qui est en fait la grande salle de réception de cet hôtel gouvernemental. Outre les inévitables tables rondes, il s’y trouve des lustres monumentaux. La cour intérieure de cet hôtel révèle un coin particulièrement reposant avec une pièce d’eau, une fontaine, des pagodes, des bancs pour se reposer. M. Zen souhaite y faire un petit tour.

Nous nous mettons en route à 9h30, on sait qu’il s’agit d’une courte étape de moins de 80 km et qu’on est en descente. Des interrogations concernent ce qui se trouvera en dessous de nous et au-dessus de nous. Au-dessus c’est la météo, on voit qu’il a plu la nuit mais pour le moment il fait sec, le ciel est couvert. L’impression de chaleur humide est moins forte ce matin même s’il y a déjà 32 degrés. En dessous c’est la qualité du revêtement. Il y a d’abord 5 km de sortie de ville où je me tiens clairement sur le boulevard et pas sur la bande vélo séparée qui est en très mauvais état: des plaques de béton avec des trous, des mauvais raccords. A chaque carrefour je fais l’objet d’observation. Une petite fille est toute enthousiaste jusqu’au moment où elle constate que je la regarde. A ce moment là son sourire disparaît et son regard se fige, fuyant, sans plus me regarder. C’est souvent le cas.

S’en suivent alors 10 km où je me serais cru revenu en Russie. C’est au moment où on rejoint la G310. Elle est en très mauvais état et la voie cyclable parallèle l’est tout autant. Il faut slalomer entre les trous, les obstacles, les déchets, les gravats et à un moment donné j’ai même failli verser et faire une « Boever », nom donné à la pirouette réalisée par le seul qui en 5 ans a réussi à coucher le trike. Durant ce mauvais trajet, Zheng a une alerte sur la roue arrière de son vélo. Le pneu est très dégonflé. David tente d’identifier s’il s’agit d’une crevaison en mettant carrément le vélo dans une flaque et en faisant tourner la roue arrière. Aucune bulle n’apparaissant, on se contente de regonfler. Tout ça sous les yeux de deux ouvriers de voirie qui sont arrivés pour contempler la scène.

Il a fallu plus d’une heure pour faire les 20 premiers kilomètres. Puis tout d’un coup la G310 devient parfaite. Elle a été rénovée récemment et est extrêmement roulante, ce qui permet de hausser le rythme sur le toboggan du jour. Il y a beaucoup d’enfants sur tous les véhicules qui nous dépassent, qui nous croisent, les petites motos 50 cm3 électriques ou les moto-bennes. Les enfants et les adolescents sont ceux qui se montrent le plus enthousiastes et qui ont la relation la plus franche avec moi. Les adultes pour la plupart continuent à filmer parfois sans même baisser la vitre de la voiture et souvent sans entrer en communication.

Sur la route on trouve toujours les indications pour les sites touristiques. Depuis qu’on a repris la G310 on est en agglomération. C’est déjà la banlieue de Luoyang, la ville destination dont les faubourgs s’étendent jusqu’à plus de 45 km du centre ville. On croise quelques chiens errants pas intéressés par mes mollets puis on retrouve ces magnifiques allées avec la bande latérale réservée aux deux ou trois roues. Il n’y a bien sûr pas une journée sans voir des travaux de génie civil ou de construction d’immeubles.

On poursuit notre route à bonne allure jusqu’à arriver à un tunnel de près de 2 km devant lequel il y a un panneau sans équivoque interdisant l’accès au vélo. Comme je ne sais pas lire le chinois nous l’empruntons mais une fois sortis nous changeons la programmation du gps. Entre les villes on le positionne sur voiture avec comme option l’exclusion des autoroutes et des routes trop fréquentées. Mais une fois en ville il y a lieu de le repasser sur trajet cyclable afin d’éviter ce genre de mésaventure.

A une vingtaine de kilomètres du but on entre cette fois dans la ville elle-même en traversant un pont et en retrouvant une circulation dense sur notre bande de petites mobylettes électriques. Luoyang, ou Loyang, autrefois Chengzhou, est une ville-préfecture de la province du Henan; peuplée de 7 millions d’habitants. On y parle le dialecte de Luoyang du mandarin zhongyuan. Située sur le fleuve Jaune, c’est l’une des quatre capitales historiques de la Chine.

A cinq kilomètres du terme le gps nous envoie dans un passage souterrain réservé aux deux roues. C’est assez surprenant mais c’est absolument efficace. A la sortie il nous reste une longue ligne droite de cinq kilomètres entrecoupée de feux de signalisation pour rejoindre notre hôtel.

A ce moment il fait 35 degrés la chaleur est plus moite mais nous avons échappé à la pluie sur cette étape entre 9h30 et 14h. Cet après-midi il pleuvra et il y aura même possiblement des orages.

Avec cette arrivée à Luoyang je passe la barre des 8000 km roulés depuis le début du voyage. Demain nous profiterons des sites à visiter dans cette ville.

Photos sur Polarsteps.