LA journée que j’attendais !

10 août

Hier soir lorsque j’ai tapé « bike2shanghai » dans la recherche Google, une nouvelle occurrence est arrivée, le voyage de deux jeunes allemands en 2021 qui ont rejoint eux aussi Shanghai à vélo. Ils ont édité un livre que je commande immédiatement.

Au moment de charger les bagages sur le vélo, je retrouve la dame du restaurant d’à côté. Hier à 23h, en fermant mes tentures, j’ai vu qu’elle était encore sur la terrasse de son restaurant. Ce matin, à 8h30, elle est déjà là. Elle va sans doute commencer à nettoyer les légumes. Quel courage !

Nouvelle petite mésaventure avec des chinois. A l’arrière de l’hôtel, il y a deux endroits de stockage des déchets. Ceux-ci sont visités sans arrêt par des gens qui cherchent à récupérer ce qui a un tant soit peu de valeur. Deux d’entre eux s’approchent du vélo pendant mes préparatifs. Un premier essaye de m’arracher des mains l’outil que j’utilise pour raccourcir le nouveau support de booster que j’ai installé et que je risque de toucher avec ma jambe droite. Un autre s’approche pendant que je règle mon GPS et, sans raison, tape deux fois sur le toit du vélo. Je me transforme donc à deux reprises en capitaine Haddock pour leur signifier mon mécontentement. Autant en Russie on m’avait dit de me méfier des vols, autant ce que je crains en Chine, ce sont des dégâts par l’action incontrôlée de gens un peu rustres. Je dois sans arrêt être sur mes gardes, veiller à empêcher qu’on s’asseye dans le vélo et mettre la protection tout autour pour éviter les dégradations.

Nous nous mettons en route pour une courte étape qui doit nous amener dans la ville natale de David, Gongyi. La route est parfaite et on va disposer tout du long d’une bande spéciale pour les deux ou trois roues, parfois large de 5 mètres. Quand ce n’est pas le cas, il y a une petite piste cyclable en excellent état. On découvre des bâtiments en construction, quelques portes monumentales au-dessus de la route et quelques indications portant le marteau et la faucille. Pour la première fois, on voit l’indication de la ville que nous rejoindrons demain: Zhengzhou.

Arrivés à Gongyi, on délaisse le premier hôtel qui n’est pas du tout accueillant. On nous raconte qu’il n’y a même pas une prise de courant pour que l’on recharge les vélos de David et Zheng, et on rejoint un autre hôtel. Là, un oncle de David est présent, un oncle du côté maternel, qui nous prête sa voiture. En effet, il est prévu que nous fassions quelques visites culturelles et que nous rendions visite à la famille de David. On se met en route et à un moment donné, je vois un immense viaduc en construction. On construit une nouvelle voie rapide entre Luoyang et Zhengzhou. Mais ce que David m’apprend, c’est que la construction de ce viaduc a entraîné l’expropriation de ses parents, qui avaient une ferme dans le village situé en dessous. A la place de la ferme, il y a aujourd’hui l’usine de fabrication de béton pour le chantier. On rejoint donc un immeuble où les parents de David ont été relogés au rez-de-chaussée en attendant que la maison qu’on leur prépare soit prête d’ici la fin de l’année. Il s’agit d’un rez-de-chaussée, un deux-pièces en enfilade, sans fenêtre, avec au sol juste le béton. Dans la première pièce, il y a salon et et cuisine. Dans la deuxième, c’est la chambre. Il n’y a pas de salle de bain, il n’y a pas de toilettes. Cela n’empêche pas les parents de David d’être très souriants et très accueillants. Ils ont préparé le lunch que nous dégustons à trois. Dehors, il y a leur moto-benne, ainsi qu’un enclos pour des poules et un autre pour des canards. Ces agriculteurs à la retraite touchent une pension de 160 yuan par mois, c’est-à-dire 20 euros, et continuent a cultiver un peu de blé et de maïs.

On embarque en voiture avec le papa pour aller nous montrer l’endroit où il aura sa nouvelle maison. Mais le chantier n’est pas accessible. Dès lors, on se rend chez un frère du papa qui a la maison équivalente. Depuis très longtemps, je me demande ce qu’il y a derrière ces portes que je vois en passant le long de la route. Je le découvre maintenant. Il y a bien une cour intérieure où se trouve la moto-benne, sur laquelle je pourrai monter. Et la cour, dont un coin contient les toilettes, donne sur la maison elle-même une grande pièce principale donnant sur cinq pièces plus petites, dont des chambres. Et il y a un étage. Je suis vraiment heureux que les parents de David puissent bientôt disposer de plus d’espace et de plus de confort que ce dont ils disposent actuellement. Néanmoins, après avoir exploité une ferme, cela restera un déracinement. Arrive le troisième frère, le plus jeune, et le trio est reconstitué.

Nous les quittons pour aller voir le village de David. Son école qui a été désaffectée et une autre a été construite plus bas. L’ancien pont à côté duquel on a construit un nouveau. Ainsi que la place du village où se trouve un endroit pour les fêtes, les concerts et les spectacles. Au mur, des anciennes affiches pour la gloire de l’enfant unique. Les parents de David ont eu trois enfants. Néanmoins, le gouvernement les a punis pour les deux enfants excédentaires. A chacune des deux naissances, une vache a été confisquée en guise de punition ou de taxe. Aujourd’hui le gouvernement préconise trois enfants par famille.

Notre après-midi est aussi consacrée à des visites culturelles. Puisque la localité compte pas moins de sept endroits où sont enterrés les rois de la dynastie Song. Nous avons visité un premier en arrivant. Et nous nous rendons sur un site non encore exploité à des fins touristiques. Où se trouve toute une série de statues. Ainsi que le tombeau. Monsieur Zen s’y sent en paix.

Retour en ville. Et arrêt près de la statue du plus réputé poète de Chine, Tu Fu, originaire de Gongyi.

Voilà donc la journée que j’attendais depuis longtemps. Celle qui allait pouvoir me faire voir le mode de vie de la Chine des campagnes. Bien sûr, une région n’est pas l’autre. Les habitations ne sont pas les mêmes. Les habitudes sont différentes. Mais ceci était un bel aperçu.

Photo sur Polarsteps