Retour du soleil !

11 août.

Hier la soirée s’est terminée par un délicieux hotpot.

Ce matin on a prévu une visite, celle du Manoir, celui de Kang Baewan, un millionnaire de l’époque Qing, qui était à la fois un fermier, un officiel et un businessman. Il avait fait fortune dans le transport, principalement maritime. Il a donc érigé un énorme manoir avec de très nombreuses pièces réparties en trois espaces distincts. L’office pour le personnel, la maison pour la partie privée et l’espace consacré aux relations publiques et aux festivités. Dans la cour, un spectacle vivant reconstitue la vie de l’époque. Le temps s’est remis au beau, il fait de nouveau plus de 30 degrés pour cette visite.

Nous rejoignons l’hôtel où David peut laisser la voiture empruntée à son oncle et nous démarrons à vélo l’étape qui va nous amener à Zhengzhou. Avant notre pause de mi-parcours, le trajet est vallonné dans un cadre forestier, une des longues côtes terminant par un tunnel. Au sommet d’une autre, on découvre « le champ des rêves » avec de grands immeubles en construction. Pendant toute cette partie, j’ai le temps d’avoir une longue conversation avec monsieur Zen. En effet, depuis le début du voyage, il y a une règle absolue, ne pas penser à l’arrivée. En effet, c’est trop loin, il y a trop de temps, trop de kilomètres jusque là, c’est pas bon pour le moral. Ce qu’il faut, c’est vivre le moment présent, kilomètre après kilomètre, journée après journée. Néanmoins maintenant, ça sent l’écurie. Des contacts sont noués pour préparer la réception à Nanjing, puis la réception à Shanghai, puis la réception avec le Consulat de Belgique. Tout cela m’emmène plus dans le futur que dans le présent. Je ne sais si c’est ça, mais j’ai passé une mauvaise nuit avec plusieurs insomnies. Et le peu de jours qui restent, cela me semble long. On décide avec monsieur Zen qu’il faut donc revenir au moment présent, profiter de chaque jour qui passe, car cette expérience de traverser la Chine à vélo sera sans doute unique. Il ne faut donc pas la bâcler parce qu’on pense à demain.

Après la pause, il reste 35 kilomètres, mais c’est tout de suite les faubourgs de Zhengzhou. Ma formule continue à tenir le coup. Je prends le nombre de millions d’habitants de la ville, dans ce cas 7 millions. Je le multiplie par 5, cela donne 35: c’est le nombre de kilomètres qui séparent l’entrée dans les faubourgs et le centre de la ville. Au début, on découvre de larges avenues très peu fréquentées, d’énormes chantiers de construction d’immeubles ou de rénovation d’anciens. Puis petit à petit, on va se trouver dans la circulation urbaine. On longe pendant de très nombreux kilomètres un viaduc. J’ai l’occasion de découvrir une station de métro, ainsi que le canal qui permet d’acheminer l’eau depuis Nanyang jusqu’à Pékin.

Les 20 derniers kilomètres se font dans un flot continu de petits véhicules. En fait, plus j’avance vers l’est et plus cela devient dense. En branchant mon GPS ce matin, j’ai découvert qu’il y avait autant de feux de signalisation qu’il n’y a de kilomètres, à savoir 70. C’est donc sans arrêt stop et puis relance.

La conduite en ville nécessite une grande concentration en retenant trois éléments principaux. Le premier: au carrefour, si l’on veut tourner à droite, même si le feu est rouge, on peut. Bien sûr, en respectant la priorité dont bénéficient ceux qui arrivent de façon transversale, les piétons, les petits et les gros véhicules. Néanmoins, cette règle est nuancée par le deuxième élément, une pratique qui veut que, lorsque le nez est engagé, tout le reste va passer. Le nez, c’est le nez du piéton, du cycliste, du mobylettiste, du motocycliste, du moto-benniste, de l’automobiliste ou du camionneur. Lorsque celui-ci sent qu’il peut engager le nez, il le fait en regardant droit devant lui et il vous coupe la route. Il faut donc en permanence se préparer à avoir la route coupée par quelqu’un qui vient derrière et qui vous coupe pour tourner à droite, par quelqu’un qui vient en face et qui tourne à gauche, quelqu’un qui arrive de droite et qui va prendre votre bande. À cela s’ajoute le troisième élément, ceux que j’appelle les « Marcel-le », toujours surprenants à rencontrer, ce sont ceux qui viennent à contresens. Dans le flot, je peux observer quelques équipages particuliers, un vieux monsieur avec un tout petit scooter ou une jeune fille qui transporte un tableau.

Zheng est parti en avant parce qu’il va passer chez un ami où il doit récupérer un équipement. Je poursuis donc avec David et on fait un crochet pour aller voir un de ses trois boulots dans un immeuble où il a installé des bornes de recharge pour véhicules électriques ouvertes au public. De nombreux taxis viennent faire une recharge, dans ce cas rapide. On fait un crochet par le logement de David et Zeng et de là je peux rejoindre mon hôtel.

Demain nous visiterons la ville de Zhengzhou après que ce soir un associé de David nous ait offert le repas du soir

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