Chaude entrée dans le Jiangsu

21 août.

Au moment de sortir mettre mes sacoches sur le vélo, la chaleur humide du jour me tombe dessus comme une chape de plomb. Jusque-là, j’avais bien encaissé, mais ce septième jour d’affilée de canicule m’incommode davantage. On se met en route et on sait que pour la petite soixantaine de kilomètres qui sépare Chuzhou de Nanjing, on sera plus ou moins en permanence en agglomération. Néanmoins, après cette sortie de Chuzhou, on a quelques zones agricoles le long de la nationale que nous avons empruntée. Un camion fait exception: au lieu de, comme tous les autres, foncer comme un dératé, voici qu’il se met à mon rythme derrière moi pendant un long moment pour m’observer avant de repartir de l’avant. Les grands immeubles se font plus présents de part et d’autre de la route. Certains ont des formes moins classiques. A un moment donné, la nationale devient payante, mais comme d’habitude, un passage latéral est gratuit et prévu pour les vélos. Dans ce cas, il est même clairement indiqué.

Après 25 kilomètres, je suffoque. Je sors de la route à la première station essence rencontrée pour pouvoir prendre le frais et acheter une boisson froide. Au passage, je constate que plus on avance, plus le choix de boissons au café s’élargit, alors que jusque-là, il n’était pas rare de trouver des stations ne disposant pas de ce produit. On redémarre et on avance sur la G312. On voit la première indication pour Nanjing et des panneaux pour des attractions touristiques. On voit peu de vélos, mais là, il y a une dame qui emprunte la nationale comme nous avant de prendre un petit chemin sur la droite. Nous sortons de la nationale pour emprunter des chemins plus bucoliques. Nous passons par des villages où on peut découvrir un habitat un peu différent et plus dense.

À un moment donné, nous arrivons dans une zone de travaux. On est en train de construire viaducs, supports de lignes de chemin de fer et nouvelles autoroutes. Puis c’est au tour d’une zone immense de construction de logements avec un grand nombre de grues qui, pour s’y retrouver, sont toutes numérotées. Le nombre le plus élevé que je vois est 29.

À une vingtaine de kilomètres de notre point d’arrivée, on entre dans l’agglomération de Nanjing proprement dite. On sent que la ville est plus ancienne, qu’il a fallu faire des aménagements pour donner une place aux petits véhicules. Souvent, les bandes cyclables ne sont séparées de la route que par des barrières. La bande elle-même est assez étroite, ne permettant quasi pas les dépassements. Comme je l’avais découvert à Shanghai en novembre dernier, je retrouve ici des grands domaines privés avec des dizaines de tours portant toutes ici le même nom, R Sun, ces domaines étant clos, avec des barrières d’accès et des gardes aux différentes entrées. À un moment donné, près d’un carrefour, je découvre un panneau lumineux qui concerne la protection environnementale. De nouveaux immeubles se présentent, eux aussi avec une forme particulière.

Puis va commencer la grande épreuve du jour, le passage du pont sur le Yangtze, long de 4 kilomètres. Il s’agit d’emprunter, a droite des bandes de circulation, un passage étroit, réservé aux vélos, mobylettes et petits véhicules. Il y a un luminaire tous les 50 mètres qui laisse un bon 1,20 m de largeur pour passer, et entre deux luminaires, un espace plus large, mais ne dépassant pas 1,50 m ou 1,60 m. Bien sûr, tout le monde est pressé et les mobylettes veulent absolument dépasser. C’est coup de klaxon sur coup de klaxon. Au début, je me décale sur la droite tout en faisant attention à ne pas heurter la balustrade, et les motos passent à gauche. Une première accroche un de mes rétroviseurs, puis une deuxième. Dans la bagarre entre deux qui veulent me dépasser, une se voit couper la route et sa roue avant vient heurter ma roue arrière. Je décide alors de changer de stratégie. Je reste au milieu de la bande et j’empêche tout dépassement. À ce moment, il reste sans doute plus de 3 km. Ils vont sembler très longs, sous la pression de tous les véhicules qui veulent passer et qui klaxonnent à n’en plus finir. À un moment donné, celui derrière moi laisse son doigt sur le klaxon en permanence. À ce moment-là, je ralentis. Au bout d’un moment, il comprend le message « arrête de klaxonner ». Il obtempère. Je me remets donc à un rythme correct de à peu près 30 km heure et je suis très heureux d’arriver au bout des 4 km.

La fin du trajet est plus tranquille et nous pouvons arriver à notre hôtel. Il fait très très chaud. L’hôtel se trouve devant le domaine universitaire et le fait d’être client nous offre l’accès aux magasins, cafétarias, etc. de l’enceinte. C’est là que nous mettons également les vélos avant de rejoindre notre chambre pour retrouver un espace climatisé.

En arrivant dans une nouvelle Province, le Jiangsu et son chef-lieu, Nanjing, Nankin, ex-capitale du sud alors que Pékin est la capitale du nord, ville qui compte à elle seule autant d’habitants que la Belgique toute entière, c’est le 125e jour de voyage qui s’achève. Voyage qui, au global, dépasse maintenant les 12 000 km.

Ce soir nous nous retrouvons dans un salon VIP d’un hôtel de Nanjing pour un repas à l’invitation de Lilas, une chinoise travaillant depuis 20 ans pour l’agence Wallonne à l’Exportation qui est accompagnée d’un professeur de français de l’université de Nanjing et d’une amie artiste qui va réaliser une oeuvre autour du vélo, via la technique du waterprint, oeuvre qui sera mise aux enchères sur un site spécialisé au profit des deux associations pour lesquelles je roule, « Re-source » et « 100 km au-delà » ! On peut ainsi déguster une succulente cuisine autour de la traditionnelle table tournante.

Photos sur Polarsteps.


Commentaires

Une réponse à “Chaude entrée dans le Jiangsu”

  1. Avatar de Brouir

    Super.
    Reste très vigilant.

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